sâmbătă, 21 februarie 2009

Plus de Figaro * * * En mémoire du Chah d'Iran, Farah Pahlavi sort du silence

Preluat din Le Figaro

de Pierre Prier

Trente ans après son départ de Téhéran, Farah Pahlavi retient du règne de son mari la modernisation de l'Iran et regrette son indifférence face à la montée de l'insurrection religieuse. Crédits photo : AFP

Elle a voulu parler à l'occasion des 30 ans de la révolution islamique. Pour défendre son mari, le Chah d'Iran, pas pour parler d'elle. Farah Pahlavi, la chahbanou, ne sort que rarement de son silence. L'entretien qu'elle a accordé à Frédéric Mitterrand, diffusé samedi soir sur France 3, est le premier depuis 2003.

La dernière impératrice n'oublie pas l'Iran, où elle n'est jamais retournée depuis le 16 janvier 1979, quand elle a quitté l'aéroport de Téhéran au bras du chah en pleurs. Trente ans après, elle garde toujours le maintien et la dignité d'une reine, en pensant à son règne passé et à ses compatriotes. Elle s'interdit de boire de l'alcool en public. Si elle accepte les invitations à des soirées, à des premières ou des galas, elle fait en sorte de n'être pas photographiée en train de s'amuser. Elle a récemment fêté ses 70 ans dans la discrétion. La chahbanou vit principalement à Paris, où elle bénéficie d'une surveillance policière discrète. Elle se rend aussi régulièrement à New York, où réside son fils aîné, Reza, 48 ans, héritier du trône, qui n'a pas abandonné l'espoir de fédérer une opposition autour de sa personne.

Le monde n'a pourtant pas abandonné Farah Pahlavi. On la reçoit à l'Élysée. Nicolas Sarkozy lui témoigna récemment sa sympathie en profitant d'une remise de décoration. On l'accueille aussi dans les cours européennes, en Espagne ou aux Pays-Bas. Elle reste l'amie de Jihane Sadate, l'épouse du président assassiné Anouar el-Sadate, qui avait offert l'hospitalité au couple en fuite et réservé au chah des obsèques officielles au Caire, à sa mort, le 27 juillet 1980. Elle n'appartient pas à la jet-set. C'est une femme de devoir, l'anti-Soraya, l'épouse répudiée qui l'a précédée, et qui noya son chagrin dans le whisky, jamais très loin d'une boîte de nuit ni de l'objectif d'un photographe.

Dans le document télévisé de Frédéric Mitterrand, Farah Pahlavi évoque pour la première fois, avec sensibilité, celle dont le chah dut se séparer parce qu'elle ne lui donnait pas de garçon : «Elle a dû beaucoup souffrir…»

C'est de cette souffrance qu'est née l'aventure de Farah Diba, jeune fille de la bonne bourgeoisie de Téhéran projetée au cœur de la vie tumultueuse du monarque d'un pays guetté par les puissances étrangères et miné de l'intérieur par la contestation religieuse.

Farah Diba naît le 14 octobre 1938 à Téhéran, fille unique de Sohrab Diba et de Farida Ghotbi. Son père, capitaine de l'armée impériale, meurt après une opération quand elle a 9 ans. Elle est élevée par sa mère et par un oncle architecte. Adolescence studieuse et moderne, selon le mode de vie des classes sociales supérieures iraniennes dans ces années-là : surprises-parties sages et permission de minuit. Études au lycée français puis, sous l'influence de l'oncle, départ pour Paris où la jeune Farah étudie à l'École spéciale d'architecture du boulevard Raspail.

C'est à Paris qu'elle rencontre son futur époux, à l'ambassade de Téhéran. Elle a 20 ans, Mohammed Reza en a 48. Elle le sait, celui qui n'est alors que «roi» est à la recherche d'une nouvelle épouse. Elle accepte de le revoir plusieurs fois en privé. Il dira plus tard qu'il a été séduit par la simplicité et le naturel de l'étudiante. Pour elle, il est le roi, celui qui va moderniser le pays, à l'image de son père Reza Shah. Certes, la dynastie est récente. Reza Shah, le père du monarque, est un ancien officier de la garde cosaque, coauteur du renversement de la dynastie Qajar en 1921 par un coup d'État militaire en 1921. Reza, admirateur de Moustapha Kemal, pense d'abord transformer l'Iran en république laïque. Il interdit le port du voile islamique et entreprend un programme de grands travaux. Il se fait tout de même couronner empereur quatre ans plus tard. Un empereur à la merci des puissances occidentales, et surtout de la Grande-Bretagne, qui contrôle le pétrole iranien. Reza n'est pas vraiment maître chez lui. En 1941, il commet l'erreur de vouloir rester neutre et refuse d'expulser des citoyens allemands. L'URSS et la Grande-Bretagne, qui ne peuvent abandonner ce pays stratégique, envahissent l'Iran, envoient le chah en exil et installent son fils à sa place.

Le règne du jeune roi restera marqué par cette intronisation sous protectorat. Mais la jeune Farah Diba voit surtout en lui l'homme qui veut faire de l'Iran une puissance régionale. Et dont elle comble les attentes en donnant naissance à un héritier, Reza, le 3 octobre 1960.

L'enfant naît dans un hôpital public, dans l'intention de marquer une proximité avec le peuple. Une fille, Farahnaz, suivra en 1963, puis un deuxième fils, Ali Reza, en 1966. Enfin, en 1970, Leila, qui ne se remit jamais vraiment des malheurs familiaux. Elle mourut à Londres, en juin 2001, pour avoir ingéré trop de somnifères.

De l'Iran moderne, Farah Pahlavi retient aujourd'hui la « révolution blanche » lancée par son mari. Une modernisation à marche forcée du pays, avec la lutte contre les propriétaires féodaux, l'envoi de jeunes professeurs dans les campagnes, l'éducation des filles, le droit de vote pour les femmes. Pour sa part, Farah se consacre à parrainer des hôpitaux, à l'éducation, au soutien des plus démunis. Elle devient chahbanou, impératrice, en 1967, au cours de la cérémonie de sacre de son mari. Il dépose lui-même la couronne sur sa tête, comme Napoléon le fit pour Joséphine.

Officiellement régime constitutionnel, la monarchie devient de plus en plus autoritaire. Il y a des alertes. Les émeutes de 1963, au cours desquels apparaît pour la première fois un jeune agitateur religieux du nom de Khomeyni. Les fastes des cérémonies de Persépolis en 1971, qui veulent poser Mohammed Reza comme l'héritier de 2 500 ans d'histoire perse, irritent les pauvres et les religieux. En 1976, le calendrier islamique est même remplacé par un calendrier solaire impérial.

Farah Pahlavi pense aujourd'hui que le message a été mal compris. Elle s'exprime aussi, dans l'émission de Frédéric Mitterrand, sur les relations du chah et de l'Occident. Quand le premier ministre Mossadegh, en 1953, veut nationaliser le pétrole iranien, c'est d'abord la liesse. Mais Washington n'apprécie pas. En outre, Mossadegh est soutenu par le Parti communiste, et l'on est en pleine guerre froide. Le chah s'enfuit, puis revient dans la foulée d'un coup d'État contre Mossadegh organisé par les États-Unis. «Non, à la faveur d'un soulèvement populaire», assure l'ex-impératrice.

Aujourd'hui, Farah Diba regrette toutefois son indifférence, et celle de son mari, face à la montée de l'insurrection religieuse. Elle impute l'aveuglement du monarque à la Savak, la redoutée police secrète iranienne qui, selon elle, aurait mal informé le chah. D'après elle, certains membres de la Savak jouaient double jeu. Les États-Unis, assure-t-elle, ont, eux aussi, laissé tomber le chah parce qu'il refusait de baisser les prix du pétrole. La chute du chah, son départ peu glorieux, son errance de pays en pays donnent à la fin de l'histoire la dimension tragique qui lui manquait. Le monarque a servi, on n'a plus besoin de lui. Il n'a plus d'amis, à l'exception du président Sadate. Mohammed Reza quitte pourtant l'Égypte pour ne pas gêner Sadate, allié des États-Unis. Le Mexique, qui a accueilli une première fois le chah, lui refuse l'entrée. Des émissaires de Jimmy Carter viennent tenter de le persuader de se rendre aux mollahs en échange des otages de l'ambassade américaine de Téhéran, confie Farah Pahlavi. Qui se donne pour mission de défendre la mémoire du chah. Sa seule préoccupation : «Combien de temps pourrai-je encore parler ? »

Niciun comentariu:

Trimiteți un comentariu

A apărut o eroare în acest obiect gadget